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Les porcs homicides et l'imagination antisémite

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Les porcs homicides et l'imagination antisémite

Par Jody Enders

Exemplaria, Vol. 14,1 (2002)

Abstrait

L'accusé avait commis l'homicide avec «cruauté et férocité». C'était la sentence prononcée par le magistrat de Senlis quelque temps avant que le malfaiteur qui se tenait devant lui ne soit pendu en 1567. C'était un meurtre horrible qui avait scandalisé la petite communauté juste au nord de Paris. La petite fille avait été retrouvée dans son berceau, grièvement blessée «à la tête, à la main gauche et au-dessus du sein droit». Le sang d’un enfant a coulé, et pour quoi? La victime aurait même pu devenir une belle épouse un jour pour l’un des jeunes hommes de la ville si sa courte vie n’avait pas été aussi brutalement et prématurément éteinte. Des témoins avaient vu l'accusé fuir les lieux. Elle se distinguait particulièrement à cause de cette noirceur inhabituelle du visage - une noirceur qui devait annoncer une noirceur encore plus grande de l'âme. Seule la mort pouvait satisfaire les parents désemparés et répondre à l’appel de justice de la ville. Seule l'extermination de l'assassin pourrait restaurer le sens de l'ordre. C'était à cela que servait leur arbre suspendu. C'est là que le criminel a enduré la peine ultime: elle a été pendue jusqu'à sa mort.

L'accusé était un porc, c'est-à-dire une truie; Les documents juridiques médiévaux et modernes visent à distinguer les truies des porcs.

Ce n'est pas une parodie. Le cas de la truie au museau noir de Senlis est un document juridique réel - l'un des plus de trente-cinq cas connus - dans lequel diverses bêtes ont été jugées, condamnées et punies pour des actes criminels de brutalité. Son dossier a ensuite été reproduit en 1906 par Edward Payson Evans dans un petit livre obscur intitulé Les poursuites pénales et la peine capitale des animaux: l’histoire perdue des procès d’animaux en Europe. Bien que le livre ait été réimprimé en 1987 avec un avant-propos utile de Nicholas Humphrey, et bien que des chercheurs tels que Claudine Fabre-Vassas, Esther Cohen et Jean Vartier aient revisité ces essais, la richesse des preuves d'archives attestant la poursuite des animaux n'a pas encore faire partie de notre appareil de réflexion sur la société médiévale. Même ainsi, le cas de la truie au museau noir de Senlis mérite attention, tout comme elle l'a fait elle-même en 1567.

Voir également Essais d'animaux médiévaux


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